Que font-ils ? Où vont-ils ? Qui sont-ils ?
Vous êtes vous déjà posé cette question dans la rue, dans le métro ? Croiser des inconnus et s'interroger sur l'existence du reste du monde, sur leurs buts, leurs rêves, leurs objectifs...
Que cache une apparence, une attitude face à l'hostilité de l'extérieur ?
Avez-vous déjà vécu un moment incroyable, ou simplement être en route pour vivre un moment incroyable et vous dire "Putain les gens, vous ne savez pas, mais c'est la folie dans ma tête, dans ma vie" ? Personne ne sait, personne ne voit mais, vous, vous savez, comme gardien d'un immense secret, un peu au dessus de la masse grouillante pour quelques instants.
Ce soir, dans mon hall, j'ai croisé une jeune femme avec son violon. Une jeune femme plutôt jolie mais n'en ayant visiblement pas conscience. Des vêtements ne la mettant pas en valeur, une attitude très soumise. Mon passage dans ce hall a semblé la mettre dans un embarras évident, sans raison puisque je ne faisais que passer. Elle s'excusait d'être là par ce qu'elle dégageait. J'ai monté mes cinq étages en pensant à elle. Qui est-elle ? Que fait-elle ici ? Quelle vie mène t-elle ? Et je n'aurai évidemment jamais la réponse.
Et dans le même esprit, que font mes amis lorsqu'ils ne sont pas avec moi ? Que vivent t-ils lorsqu'ils referment la porte de leur appartement ? Que cachent les apparences ?
Nous ignorons tout de ce qui existe derrière les volets fermés, derrière les rideaux tirés, derrière les portes verouillées.
J'ai joué au jeu des faux-semblants tant de fois, surtout en couple. J'ai des "photos-mensonges" qui m'arrachent aujourd'hui des sourires cyniques. Une complicité de l'instant, une comédie bien rodée, tandis que nous vivions alors des déchirements sans fin. Tout comme facebook est truffé de photos de moi qui me rappellent que je suis, finalement, une excellente menteuse, ou du moins une très bonne dissimulatrice.
Je suis la seule capable de mettre le doigt sur une photo et dire "Ce sourire est sincère, le premier depuis bien longtemps" et je sais que les gens qui m'entourent vivent probablement le même drame, même si je ne suis pas plus capable que les autres d'entrevoir la souffrance derrière des poses de bonheur étudiées.
J'ai toujours désiré être omnisciente et je garderai cette frustration en moi comme un drapeau planté dans cette impuissance résignée, dans l'évidence de ne pouvoir être là au bon moment, dans mes ratés.
On se passe à coté, on se trébuche les uns sur les autres, on se cogne parfois.
Les hématomes de l'impuissance, les cicatrices de l'utopie.
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