vendredi 29 avril 2011

De but en bout, tout devient un peu plus clair

Il m'aura fallut dix ans pour ouvrir les yeux ! C'est arrivé d'un coup, sans prévenir. J'ai passé dix ans à réécrire l'histoire dans ma tête, à me refaire le film, à en fantasmer des tonnes d'autres, à analyser des "signes" et à m'accrocher à des sentiments qui ne méritaient pas tant de tapage.

Pour la petite histoire, à 17 ans, je suis tombée amoureuse de ma prof de violon. Oui je suis très cliché quand je m'y mets ! Entre une ville de province et un rapport particulier, signes ou pas signes, c'était voué à l'échec ! Lorsque l'affaire a commencé à faire trop de bruit, j'ai été viré à coups de pelle dans le cul ! Sans que l'on m'écoute, sans que l'on accorde un peu de valeur à ce que je faisais musicalement ! Juste, il fallait éloigner le danger ! Je suis partie à Paris en faisant une croix sur le passé, sur le violon, et en étant convaincue qu'aimer une femme était mal ! Paris m'a ouvert les yeux ! Et j'ai vécu très heureuse (mais je n'ai pas eu des tas d'enfants dans un chateau ! ).

Mais dans ma tête, dans mes absences, dans mes échappées, je pensais systématiquement à elle. Même en couple, même follement amoureuse, même avec une vie géniale. Toujours, inlassablement, je refaisais le film avec des fins différentes, de quoi alimenter Hollywood en scénari pendant des années.

Persuadée qu'elle ne m'avait traité aussi mal que par peur égoïste, je lui trouvais des excuses et lui inventais des retours flamboyants, à coups de grandes phrases. Quand rien n'allait, je me réchauffais auprès de mes leurres...

Et depuis peu, lorsque je retourne dans mes téléfims, ce n'est plus pour imaginer ce qu'elle me dirait, mais pour faire le tour de ce que je lui dirai, moi, si je l'avais sous la main.

Non, on ne laisse pas quelqu'un qui appelle au secours se démerder tout seul. Non on ne répond pas au courage de dire "Je vous aime" par "Je ne veux pas gérer les délires d'une ado". Non on ne laisse pas croire à quelqu'un qu'aimer une personne d'une même sexe, c'est anormal. Non, on ne résume pas une recherche d'attention maladroite par "Harcèlement". Non, quelques soient les raisons, on ne peut pas être si distant, on ne peut pas être si con.

Mon gaydar ne m'a jamais laché ! J'ai "outé" des gens qui ne savaient pas eux-mêmes qu'ils étaient homos. Ma certitude la concernant est bien vivace, je ne me suis pas trompée. Et cette certitude renforce d'autant plus ma colère face à son attitude !

Du fond de son placard, elle a changé le cours de ma vie. J'en ai tiré le positif et je n'ai aucun regret. Je garde mon violon comme je garde des photos, des lettres, symbole d'un amour passé. Il a beaucoup de choses, de gens, qui ont été "toute ma vie"... Vivre plusieurs vies, me sauve de l'ennui, de la médiocrité, de moi-même. "Pour la vie" n'a que la valeur de l'instant. Pour chaque vie, pour chaque morceau d'existence, j'ai été sincère et tant pis si demain, ca ressemble à un mensonge.

Mais aujourd'hui, elle n'est plus, pour moi, un acte manqué. Elle représente un bout de mon histoire, un petit morceau de ce que je suis aujourd'hui. Elle a enfin la place qu'elle mérite. Elle est derrière.

Je regarde, assurément, droit devant !

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