mercredi 20 avril 2011

A ceux qui luttent contre eux-même et contre ceux qu'ils aiment !

Je me suis désiré plus fort, je me suis espéré plus solide. J'ai porté, à chaque instant, le poids de nos incompréhensions. Je t'ai pris dans mes bras lorsque tu tentais de les briser. J'ai essayé de comprendre, de me mettre à ta place, de me remettre moi-même en question. Comment pourrais-tu croire ce que tu n'as pas vu ? Comment pourrais-tu imaginer que je t'ai laissé toute la place ?

Tu me hairas d'abandonner, de t'abandonner. Tu m'en voudras d'être à genoux, autant que je me suis détesté de trébucher sur toi sans réussir à t'accrocher. Tu te convaincras que je ne t'aimais pas, pas assez probablement. Et tu démoliras, pierre par pierre, notre histoire. Tu te souviendras, évidemment, que je n'avais pas les mots que tu attendais, que je n'avais pas le bon geste, que je ne te comprenais pas. Et que je te faisais souffrir, malgré moi, ou pire, consciemment...

Tu ne réaliseras pas que je pars, non pas pour te tuer, mais pour que tu ne me tues pas. Pour te rassurer, je t'ai laissé m'atteindre et j'ai accordé au silence une place qui, peu à peu, à creuser un fossée entre toi et moi. Comment aurai-je pu t'infliger ma propre souffrance alors que je tentais, vainement, de réduire la tienne. Comment aurai-je pu te parler de moi alors que tu étais seule à exister ? Il ne me suffisait pas d'enfiler une cape pour être superman, ni d'avoir un masque pour être le Zorro que tu fantasmais en moi. La culpabilité m'aura surement rapé un peu l'âme. L'évidence de ne pas être à la hauteur aura fini de m'achever, de me réduire doucement à néant. Vouloir ton bonheur et ne pas être capable de te l'offrir. Nager dans l'abnégation jusqu'à me noyer... Et même, en essayant de me réanimer, tu auras encore toujours le doute que je tiens réellement à toi, à force d'avoir retourné dans ta petite tête irrationnelle, trop de mauvaises interprétations, trop de folie. Ta peur sera toujours plus forte que ma capacité à te rassurer.


J'ai subi tes reproches, j'ai encaissé ta violence. J'ai essayé d'entendre la voix de la petite fille qui appelle au secours derrière les cris de la femme en souffrance. J'ai accepté la maladie, et ma foi en toi, en ta valeur, m'a laissé croire que tu voulais avancer, que tu pouvais avancer. Je ne cesserai jamais de croire en toi. Mais j'ai constaté que tu te cachais derrière un diagnostic, que tout ne se justifiait qu'au travers de ce mal. Tandis que tu vivais avec la fatalité comme arme de défense, je m'épuisais à t'expliquer que je n'étais pas ton ennemi.

J'ai doucement sombré dans l'angoisse. L'angoisse d'un appel. L'angoisse de rentrer à la maison. L'angoisse que d'une heure à l'autre, tout bascule. Mon contrôle intérieur se voyait bousculé par l'incertitude de l'instant suivant. Au delà de mes propres dysfonctionnements, je suis devenu un robot conditionné à anticiper tes réactions, à endiguer les crises potentielles, à répondre à tes attentes, à te connaitre mieux que toi-même. Vivre pour et par toi, en camouflant, de moins en moins bien, ma progressive destruction.

Et finalement, l'instinct de survie se déclenche, au seuil de la démence, au seuil des dernières résolutions, des extrèmes. Toi ou moi, toi contre moi, toi une fois encore, la fois de trop, la dernière fois.

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